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La mesure simpose comme critère de décision dans des contextes divers déchange, de contrôle technique, de litige juridique et dinvestigation scientifique. Son langage a vocation duniversalité, bien quil évolue constamment avec les exigences des utilisateurs et avec le progrès des connaissances scientifiques. La mesure est fondée sur la comparaison dune grandeur physique inconnue avec une grandeur de même nature prise comme référence. Cette définition classique implique le choix de la référence, la mise en oeuvre dune méthode de comparaison et lappréciation des incertitudes inhérentes à sa réalisation concrète, avec un degré dapprofondissement dépendant des exigences de lutilisateur.
En principe, la mesure ne sapplique quà des grandeurs dont on peut concrètement définir la somme ou le rapport, comme les longueurs, les durées et les masses. Mais la métrologie embrasse aussi les essais (mesures ordinales), suivant lesquels une caractéristique dun corps ou dun processus est exprimée numériquement suivant un protocole conventionnellement choisi (par exemple, léchelle Richter des séismes, ou une échelle de dureté des corps). La distinction entre mesure et essai est relative: elle dépend de létat des connaissances et des modes de représentation privilégiés à une époque donnée. Par exemple, une mesure de longueur dun objet macroscopique finit par ressembler à un essai quand on la pousse à un niveau de précision atteignant léchelle moléculaire, car elle dépend alors dune définition conventionnelle des extrémités du corps (par exemple, par des plans optiques moyens). De même, la distinction entre deux types de grandeurs et la pertinence de lintroduction dunités distinctes pour ces deux types dépend des modes privilégiés de représentation et de considérations pratiques. Par exemple, bien que la thermodynamique statistique fasse de la température une énergie, le Système International continue de définir une unité spécifique de température.
Une première nécessité de la mesure est la définition de références pérennes, uniformes et accessibles. La nature de cette définition varie considérablement suivant lépoque et suivant le type de grandeur considérée. Le mètre, originalement défini comme la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre, est devenu en 1889 la longueur du prototype déposé au pavillon de Breteuil. En 1960, on décida de le rattacher à une longueur donde atomique. Enfin, en 1983, on le définit via lunité de temps en fixant conventionnellement la valeur de la vitesse de la lumière. Une telle évolution dépend naturellement de la possibilité concrète de rapporter--par des méthodes qui peuvent être très indirectes et supposer toute une chaîne détalonnage--toute mesure utile de longueur à la nouvelle unité choisie et de préciser sans le contredire le résultat de mesures effectuées suivant lunité ancienne. Idéalement, les physiciens aimeraient pouvoir définir complètement les unités en fixant conventionnellement la valeur numérique de quelques constantes fondamentales. Mais cet idéal ne saccorde avec lexigence pratique de comparabilité dune grandeur mesurée et de son unité que si les constantes fondamentales sont connues, dans le système préexistant, avec une précision compatible avec celle requise pour les mesures utiles de cette grandeur. Des effets quantiques macroscopiques tels que leffet Josephson ou leffet Hall quantique permettent aujourdhui de se rapprocher de cet idéal. Ainsi la métrologie se nourrit-elle de la physique fondamentale tout en favorisant ses progrès.
La répétition de la mesure dune grandeur donnée conduit nécessairement à une dispersion des résultats. On peut en fait comparer toute mesure au tirage dun dé pipé de telle sorte que la valeur vraie soit le résultat le plus probable. Il faut donc abandonner, dans toute mesure, la certitude daccéder à la valeur vraie de la grandeur et même abandonner lidée quon pourra encadrer celle-ci entre des bornes bien définies. Pour juger lincertitude de nos mesures, une méthode essentiellement statistique simpose, même dans le domaine industriel: on caractérise une mesure par la valeur centrale et par lécart-type de la distribution des valeurs attendues de sa répétition indéfinie. Concrètement, lévaluation de ces deux caractéristiques est un processus complexe, plus raisonnable que démontrable. La détermination de la valeur centrale suppose lidentification des différentes causes derreurs et la correction de ces erreurs. Lestimation de lécart-type dépend de la dispersion attendue de la valeur non corrigée et de celle des diverses corrections. Quand les causes de ces différentes dispersions sont jugées indépendantes, les écarts quadratiques sajoutent. Autrement dit, lappréciation raisonnable des incertitudes suppose que le pire (une interférence constructive des fluctuations des divers termes correctifs) narrive que rarement.
Il convient alors de préciser la définition classique de la mesure de la manière suivante:
Mesurer, cest comparer une grandeur physique inconnue à une référence dont la traçabilité est établie dans le cadre du Système international dunités, et évaluer lincertitude associée, aussi élevée soit-elle, par une approche statistique de la mesure permettant dapprécier la justesse du résultat, la fidélité des instruments. Cette métrologie statistique permet denvisager avec sérénité, cest-à-dire en le maîtrisantsans léliminerle risque que lon prend à utiliser le résultat pour en tirer des conclusions, la prise de décision dans les domaines scientifiques, techniques ou de vie courante à partir des résultats de mesure.
On peut consulter, parmi les travaux de Marc Himbert :
« Comment la métrologie fait évoluer la connaissance » in Thierry Gaudin et Armand Hatchuel (eds.), Les nouvellles raisons du savoir. Vers une prospective de la connaissance. Colloque de Cerisy, Prospective de la connaissance (2001). Editions de lAube 2002.
Note :Les imprécisions ou les erreurs qui pourraient figurer dans ce résumé ne sont pas imputables au conférencier mais à l'auteur du compte rendu (N.
de Courtenay).
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