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CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE SEMINAIRE D'HISTOIRE ET PHILOSOPHIE HISTOIRE ET PHILOSOPHIE DE LA MESURE
JIM RITTER (UNIVERSITE PARIS VIII, REHSEIS)
Mesure, écriture et État en Mésopotamie
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Dans cette séance qui nous a éloignés des XIXe et XXe siècles qui nous occupent ordinairement, Jim Ritter a présenté létonnant réseau de relations qui ont étroitement lié, vers le troisième millénaire avant notre ère, la mise au point de lécriture au développement de systèmes métrologiques et à leur contrôle par un Etat centralisé. En étudiant quelques aspects de la création et de lévolution des systèmes métrologiques en Mésopotamie de linvention de lécriture à lapparition dun système complet de notation positionnelle, à la fin du IIIe millénaire avant notre ère, il a montré, à partir de létude de tablettes dargile retrouvées en basse Mésopotamie, que le problème soulevé par la diversité des unités de mesure dans un vaste État avait façonné les premiers développements de lécriture dans cette région. De cette façon, nous avons pris conscience quaux origines, les questions de métrologie senracinaient dans des pratiques quotidiennes comme le comptage, bien sûr, mais aussi dans les pratiques scripturaires et comptables des scribes et administrateurs dun État centralisé. Les liens intimes qui unissent la métrologie, lécriture et lÉtat sont dabord symbolisés par le prologue au premier code de lois qui nous soit parvenu, le code dUr-Namma, fondateur de la dynastie connue aujourdhui sous le nom de Troisième Dynastie dUr, et qui date de - 2100 environ. Ce prologue indique en effet que le premier acte du roi fut alors de fixer les normes métrologiques pour le pays dans un système cohérent dunités et de pratiques de mesure. Létablissement de telles normes apparaît ici comme étant un acte de justice, destiné à montrer à tous le souci déquité du nouveau roi. Par la suite, chaque nouveau règne commença de la même façon avec le rétablissement des normes de mesure et la certification des étalons. Les déclarations royales nauraient pu avoir deffet sur le développement et lunification des systèmes métrologique sans lexistence dun second acteur institutionnel, à savoir lécole, qui assurait la formation des scribes qui non seulement savaient écrire, mais étaient en outre chargés de mesurer les biens en circulation. Dans cet État où la comptabilité joue un rôle central 85% des textes retrouvés à Uruk, sur lEuphrate, et qui constituent les premiers témoignages de lécriture humaine, sont consacrés à la comptabilité , les scribes enregistraient par exemple les butins et les morts lors des guerres dexpansion de lempire, et comptaient les réfugiés. Ils avaient un statut comparable à celui des fonctionnaires modernes. Sur les tablettes retrouvées à Uruk, on trouve deux sortes de signes, des encoches qui sont des signes numériques, et des traits, qui désignent la nature de la denrée et son origine. On remarque que coexistent plusieurs systèmes métrologiques concernant les longueurs, les surfaces, etc., sans que soit employé aucun nom dunité. Seuls sont utilisés des signes numériques, qui, dans leur diversité, permettent didentifier le système employé. Ce qui permet aux assyriologues de reconstruire ces pratiques est limportante proportion parmi les tablettes qui nous sont parvenues de celles ayant servi à la formation des scribes. On peut également déduire au vu des signes employés que les chiffres nont dans cette écriture aucune valeur intrinsèque : la valeur dun même signe change selon le système métrologique employé. Les systèmes dunités sétendent, ce qui augmente les risques dambiguïté, doù lapparition dun système de notation positionnelle en base 60, utilisé pour le calcul mais non pour lécriture. Cette dualité a nécessité la conversion systématique dans un système dunités standard, qui ninclue pas dordre de grandeur, exactement comme dans le système anglo-saxon. Lun des effets les plus importants, du point de vue conceptuel, de cette évolution est que le nouveau système de notation et de calcul permet lapparition dun concept de nombre abstrait, indépendant de tout système métrologique particulier, et applicable à tous les systèmes existant. Dun point de vue comparatiste, létude des tablettes mésopotamiennes nous apprend que le souci de complétude des systèmes métrologiques était loin dêtre aussi fort au troisième millénaire avant notre ère quaujourdhui : cette qualité dont nous faisons lune des propriétés indispensables dun bon système métrologique navait aucun attrait aux yeux des praticiens de la mesure de lépoque. En effet, les mesures de longueur, de surface, de capacité et de temps sont fondées indépendamment les unes des autres dans la réalité. Il nexiste aucune façon simple de les lier les unes aux autres dans un système cohérent et complet. Ce nest quau prix dun important travail conceptuel que lon peut établir les constantes métrologiques rendant possible cette complétude. Note :Les imprécisions ou les erreurs qui pourraient figurer dans ce résumé ne sont pas imputables au conférencier mais à l'auteur du compte rendu (N. de Courtenay). |
Mise à jour le 10 octobre 2003
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