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Au début du XXe siècle, les liens que la culture de la précision avait noués au cours de la seconde moitié du XIXe siècle entre université et industrie, enseignement et recherche commencent à se distendre et à se réorganiser. Benoit Lelong a analysé ce processus de transformation au sein du Laboratoire Cavendish de luniversité de Cambridge où, sous linfluence de William Thomson, James Clerk Maxwell et John Rayleigh, cette culture sétait exprimée de façon particulièrement exemplaire. Il sest ensuite intéressé à la dissémination de ce nouveau modèle par les étudiants qui, venus terminer leur formation au Cavendish, ont cherché à le reproduire dans les laboratoires dont ils eurent, par la suite, la responsabilité.
Le bouleversement de la tradition instaurée par Thomson, Maxwell et Rayleigh est lié à la nomination de J. J. Thomson à la direction du Cavendish. Cette tradition reste par contre profondément enracinée dans les universités anglaises du tournant du siècle. Les travaux de recherche y sont proches des préoccupations industrielles (télégraphie, industrie électrique, sidérurgie). Les laboratoires de physique constituent des centres de formation pour les techniciens et les ingénieurs. Les pratiques expérimentales sont largement centrées sur les mesures de haute précision. Elles cimentent lenseignement et la recherche en sollicitant la participation des étudiants des premiers cycles qui constituent une main duvre idéale.
Issu du Mathematical Tripos de Cambridge et non du cursus de physique, J. J. Thomson introduit au Cavendish et inculque aux étudiants venus y préparer leur certificate of research une conception du travail théorique et expérimental, ainsi que des formes de sociabilités, bien différentes. Il oriente le champ de recherche du laboratoire vers la physique des ions et des électrons en sengageant dans létude approfondie de la décharge électrique dans les gaz. Cette nouvelle orientation scientifique saccompagne chez lui dun rejet de la recherche appliquée et dun désintérêt pour les mesures de précision. Elle se traduit par la mise à distance des étudiants du premier cycle et par une coupure marquée entre les objectifs de lenseignement et de la recherche.
Lorsquils rejoignent les institutions quils sont appelés à diriger, les étudiants de J. J. Thomson se trouvent confrontés à des laboratoires encore profondément marqués par les idéaux et les pratiques de la culture de la précision. Benoit Lelong montre que si ces jeunes scientifiques cherchent à reproduire la culture matérielle, les valeurs intellectuelles et les clivages sociaux du Cavendish, ils doivent aussi sadapter aux contextes particuliers quils rencontrent. Leurs efforts finissent par produire des hybridations du modèle du Cavendish tenant compte des différents contextes dimplantation.
A luniversité dOxford, John Towsend doit affronter Robert Clifton, fidèle aux valeurs de la physique victorienne. Il parvient à implanter le modèle du Cavendish mais, pour ce faire, il doit composer avec les chimistes qui, à Oxford, sintéressent précisément au phénomène de décharge électrique dans les gaz. Il adopte également les manières aristocratiques propres à lunivers dOxford. Devenu de plus en plus conservateur, il se coupe de lévolution de la physique internationale et sera hostile à la mécanique quantique.
Au Collège de France, Paul Langevin soppose à Edmond Bouty et poursuit ses recherches sur les ions dans un milieu hostile à latomisme. Tout en développant un programme de physique théorique et en engageant une réforme de lenseignement supérieur, ses fonctions de directeur de lEcole de physique et chimie le conduiront à continuer à promouvoir les liens de la recherche et de lindustrie.
A luniversité Mac Gill de Montréal, les projets de Ernest Rutherford se démarquent fortement des travaux de Barnes liés à la thermométrie. Ce qui ne les empêchera pas de collaborer fructueusement dans la mise au point du dispositif expérimental qui permettra létude de la décroissance radioactive (voir le résumé de lexposé dArne Hessenbruch).
A Princeton, Richardson ne se coupe pas de la tradition américaine et maintient des liens forts avec lindustrie.
De façon générale, le début du XXe siècle semble marqué par une prise dautonomie du monde de lindustrie par rapport aux laboratoires de physique qui ne cessera de croître. Lindustrie développe de plus en plus ses propres centres de formation. Un clivage sinstalle entre recherche pure et appliquée. En 1880, la précision était un organe essentiel du développement de la physique mathématique et des valeurs morales enseignées à luniversité. En 1905, elle devient lapanage de lindustrie, notamment dans son entreprise de standardisation. Des laboratoires de standardisation autonomes sont créés, comme le National Physical Laboratory (1900), qui prennent le relais des laboratoires universitaires.
Même si la recherche de précision continue davoir un rôle important, elle ne constitue plus une pièce maîtresse du développement de la physique théorique. Labandon de la culture de la précision qui accompagne les recherches sur les rayons cathodiques apparaît dans lexposé de Benoit Lelong comme un corrélat du tournant vers la microphysique (du moins à ses débuts). Olivier Darrigol a souligné, au cours de la discussion, que cette idée nétait pas généralisable sans précaution, comme lattestent les travaux portant sur la spectrométrie ou sur le rayonnement du corps noir.
Néanmoins, lavènement de la microphysique, et plus généralement de la physique théorique, a indéniablement modifié la fonction dévolue aux mesures de précision dans le développement scientifique avec un impact certain sur les structures institutionnelles de lenseignement et de la recherche.
Parmi les travaux que Benoit Lelong a consacré à la mesure :
- « Négociations entre savants, industriels et administrateurs : les premiers congrès internationaux délectricité, Relations internationales, 62, 1990, pp. 171-182.
- B. Lelong et A. Maillard (eds.) La fabrication des normes, Réseaux, 18 - 102, 2000.
Note :Les imprécisions ou les erreurs qui pourraient figurer dans ce résumé ne sont pas imputables au conférencier mais à l'auteur du compte rendu (N.
de Courtenay).
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